Par Léa Magiore, Médecin Généraliste

Pesticides, bisphénols, PCB, phtalates, parabènes… Ces perturbateurs endocriniens ont envahi notre quotidien. En l’espace de 60 ans, l’essor de la pétrochimie a favorisé le confort de la vie moderne pour protéger les récoltes, améliorer les emballages alimentaires ou la conservation des cosmétiques. Mais devant les études croissantes montrant leur toxicité, les associations et les médecins nous alertent aujourd’hui sur les effets sur notre santé et celle de nos enfants.

Peturbateurs endocriniens : tous intoxiqués ? Comment s'en protéger ?

Qui sont ces perturbateurs endocriniens ?

Le Bisphénol A (BPA)

Particulièrement d’actualité, le Bisphénol est un composé utilisé dans la fabrication industrielle des plastiques ou des revêtements intérieurs. Il est présent dans les CD, lunettes, certaines bouteilles plastiques, biberons, vaisselle ou les revêtements intérieurs des boîtes de conserve, des canettes ou dans la fabrication des amalgames dentaires.
Un rapport de l’Anses a montré que le BPA avait des effets sur la reproduction, le métabolisme et les pathologies cardiovasculaires. Le BPA imite l’action des hormones féminines et serait par exemple impliqué dans les perturbations endocriniennes telles l’abaissement de l’âge de l’apparition des premières règles chez la petite fille.
Ainsi, depuis le 1er janvier 2015, le bisphénol A est interdit dans les biberons et autres contenants alimentaires.

Les phtalates

Présents dans des produits tels que les adhésifs, huiles lubrifiantes, détergents, solvants, produits pharmaceutiques, fils et câbles électriques, produits cosmétiques. Le magazine « 60 millions de consommateurs » de mai 2017, souligne qu’on trouve 2,6 nanogrammes de phtalates par mg de cheveux, un record de pollution.
Une étude française récente montre que ces substances utilisées dans la fabrication de plastiques et d’emballages pouvaient avoir un impact très négatif sur la fertilité masculine en diminuant le nombre de futurs spermatozoïdes pendant la période foetale.(1)

Les pesticides

Les pesticides (insecticides, raticides, fongicides, et herbicides) sont des composés chimiques dotés de propriétés toxicologiques. Les agriculteurs les utilisent afin de protéger les récoltes et lutter contre les animaux (insectes, rongeurs) ou les plantes (champignons, mauvaises herbes) jugés nuisibles aux plantations. Une récente revue de la littérature menée par une équipe de l’INSERM a établi une relation positive entre l’exposition aux pesticides et certaines pathologies adultes comme  la maladie de Parkinson, le cancer de la prostate et certains cancers hématopoïétiques (lymphome non hodgkinien, myélomes multiples).

L'exposition aux perturbateurs endocriniens

Comment s’immiscent les perturbateurs endocriniens dans l’organisme ?

Dans la cuisine, la salle de bains ou le jardin, nous sommes en contact du matin au soir avec des perturbateurs endocriniens. On retrouve leur trace dans des fruits et légumes, des bouteilles en plastiques, des conserves, des jouets, du dentifrice, des meubles, des produits ménagers et certains vêtements…

Lorsque notre système endocrinien fonctionne normalement, nos hormones jouent le rôle de messagers chimiques qui rendent un dialogue possible à la bonne marche d’organes et de glandes telles que l’hypophyse, la glande thyroïde, le pancréas, les ovaires chez la femme, et les testicules chez l’homme. En se substituant aux hormones naturelles, les perturbateurs endocriniens (PE) viennent brouiller le système hormonale d’un organisme et potentiellement celui de sa descendance.

Les effets sur notre système endocrinien

Les perturbateurs endocriniens peuvent interférer de 3 façons sur le système endocrinien :

  • Imiter l’action d’une hormone naturelle et provoquer la réponse des cellules cibles à cette hormone ;
  • Bloquer la fixation d’une hormone sur son récepteur au niveau des cellules cibles ;
  • Perturber la production ou la régulation d’une hormone ou de son récepteur et donc modifier le signal hormonal.

Ces molécules se caractérisent donc par un effet toxique non pas direct, mais indirect, via les modifications physiologiques qu’elles engendrent.

Les principales sources d’exposition

  • l’ingestion : par l’alimentation et par l’eau. A cause des résidus hormonaux dans les denrées alimentaires, des résidus de pesticides dans les céréales et les végétaux et par la contamination des sols de cultures.
  • l’inhalation : par l’air et du fait de certains produits industriels (pesticides, produits de consommation courante, produits cosmétiques, etc.)
  • Le contact cutané : par l’application sur la peau de produits cosmétiques ou l’exposition de certains professionnels (agriculteurs, travailleurs dans les industries pharmaceutique ou chimique)

Il existe une grande diversité parmi les perturbateurs endocriniens. Les sources de contamination auxquelles hommes et animaux sont exposés sont également nombreuses. En effet, nous pouvons les trouver dans des produits manufacturés ou des aliments d’origine végétale ou animale. Ils sont pour la plupart issus de l’industrie agro-chimique (pesticides, plastiques, pharmacie…), et de leurs rejets. Beaucoup sont rémanents. Ainsi, ils persistent dans l’environnement et peuvent même être transférés d’un compartiment de l’environnement à l’autre (sols, eau, air…) de longues années après qu’ils aient été produits.

Un enjeu de santé publique

En 2014, le gouvernement a adopté la première stratégie nationale sur les perturbateurs endocriniens. Elle vise à articuler recherche, surveillance et réglementation pour prévenir et limiter l’exposition de la population à ces substances, et en particulier les plus vulnérables (femmes enceintes, enfants). Elle s’inscrit maintenant dans le troisième plan national santé-environnement (PNSE3).

À défaut d’y échapper, comment vivre autrement ?

Les perturbateurs sont partout dans notre environnement, à cause de nos habitudes de vie. Alors, si on essayait de faire autrement ? Voici quelques exemples de ce que l’on peut faire au quotidien :

  1. Ne jamais réchauffer de repas dans des contenants en plastique.
  2. Éviter autant que possible les cannettes en alu.
  3. Aérer au maximum les chambres et la maison de manière générale.
  4. Choisir des biberons en verre.
  5. Éviter de donner de l’eau qui a chauffé dans une bouteille en plastique à un enfant.
  6. Faire attention aux emballages lorsque l’on fait ses courses. Ainsi, privilégier le papier ou le carton.
  7. Utiliser des cabas en matières naturelle. Privilégier également les courses au marché du coin. Résultat : moins d’emballages et de déplacements.
  8. Utiliser des savons “classiques” à la place des gels douche contenus dans des bouteilles en plastique.
  9. Stocker les repas des enfants dans des boîtes en verre.
  10. Acheter autant que possible des vêtements 100 % coton. Mais aussi choisir des draps, peluches, etc. en matières naturelles.