Par Adel Omouri, Médecin

Octobre Rose est une opération de communication à l’échelle nationale centrée sur le cancer du sein. C’est aussi un moment où s’organisent des campagnes pour financer la recherche. D’ailleurs, on connaît de mieux en mieux cette pathologie, et c’est heureux car, avec 54000 nouveaux cas diagnostiqués en 2015, elle concerne à peu près 1 femme sur 10.

Le cancer du sein, qu’est-ce que c’est ?

On estime le nombre de cellules dans l’organisme d’un adulte à 100 billions (mille milliards). Avec un nombre aussi colossal, la prolifération cellulaire est de mise, constamment engagée quelque part à un instant donné. Elle a diverses fonctions : réparer un tissu blessé, remplacer des cellules vieillissantes, régénérer le volume sanguin… Parfois, lors de la prolifération, des erreurs surviennent. La multiplication cellulaire devient anarchique, faisant alors le lit du cancer. Au niveau du sein, le plus souvent, ce sont les cellules épithéliales des canaux galactophores (c’est-à-dire le revêtement des conduits dans lequel circule le lait maternel – n°6 sur l’image) qui sont concernées.a

Il existe cependant plusieurs types de cellules dans le sein, et même pour un type donné, deux cancers peuvent être très différents, tant par leur taille que par leur agressivité. Il n’est donc pas possible ni prudent de généraliser les données énoncées ici à tous les cancers du sein. Il arrive, parfois, que les cancers apparaissent et n’évoluent ensuite pas du tout, sans retentir sur la qualité ou l’espérance de vie (cas d’ailleurs fréquent au niveau du sein, mais aussi de la prostate ou de la thyroïde). Enfin, il peut survenir chez un homme ou chez une femme jeune : mais il s’agit là de cas particuliers.

Du fait de sa fréquence, de sa gravité potentielle et de la disponibilité de traitements efficaces, le cancer du sein fait l’objet d’un dépistage organisé. Il concerne toutes les femmes indemnes de cancers mammaires de 50 à 74 ans, et nécessite la réalisation d’une mammographie tous les 2 ans. On estime que cette procédure peut permettre de réduire de 15 à 30% le nombre de décès par cancer du sein (1). Sachez toutefois que la mammographie ne suffit pas au diagnostic : positive, elle ne signifiera donc pas à coup sûr qu’un cancer du sein se développe, et devra conduire à la réalisation d’autres examens (recontrôle à 6 mois, biopsie…)

En 1990, environ 81% des femmes diagnostiquées avec un cancer du sein survivaient au moins 5 ans. Aujourd’hui, ce chiffre est de 89%. Plusieurs éléments explicatifs ont été proposés : de meilleurs moyens diagnostiques permettant de « comptabiliser » plus de cas, une efficacité de la stratégie de dépistage rendant possible une prise en charge plus précoce, l’amélioration de la prise en charge et une meilleure décision des protocoles à appliquer… Les armes contre le cancer du sein sont aujourd’hui nombreuses et l’essor par exemple des marqueurs cellulaires (ex : mutation BRCA 1) permet parfois de proposer des thérapies plus adaptées aux spécificités médicales de la femme concernée.

Les précautions à prendre

Quand dois-je consulter ?

Comme dit plus haut, si vous êtes une femme et avez entre 50 et 74 ans, vous êtes concernée par le dépistage de masse. Dans ce cas, pas besoin d’initier les consultations : vous recevrez par la poste une invitation à réaliser une mammographie de dépistage dans un centre agréé. Cet examen est alors pris en charge à 100%.

Les symptômes fréquemment rapportés et reconnus comme inquiétants sont assez variés. Classiquement, il est possible par exemple que :

  • vous palpiez une boule au niveau du sein et/ou de l’aisselle
  • vous constatiez un écoulement inhabituel au niveau du sein
  • vous ressentiez des douleurs au sein
  • votre mamelon soit complètement rétracté, invaginé

Dans ces cas-là, une consultation avec votre médecin traitant ou votre gynécologue est recommandée. Sachez qu’aucune de ces situations ne signe à coup sûr le cancer du sein : des pathologies non cancéreuses peuvent déclencher pareils symptômes (il peut par exemple s’agir d’une tumeur parfaitement bénigne).

Comment m’en prémunir ?

On ne dispose d’aucun moyen de prévention efficace à 100%. On sait néanmoins que certaines mesures sont statistiquement associées à un taux moindre de cancers :

  • sport : la pratique régulière d’exercice physique (le seuil minimal recommandé par l’OMS, pas spécifiquement pour la prévention des cancers, est de 5 fois 30 minutes d’activité modérée par semaine, ou 3 fois 20 minutes d’activité intense
  • nutrition : sans qu’il y ait vraiment d’aliment recommandé ou interdit, maintenir un poids en-dessous du seuil du surpoids et au-dessus du seuil de maigreur (c’est-à-dire que l’indice de masse corporelle, calculé en divisant le poids par la taille au carré, est compris entre 20 et 25) est associé à un moindre sur-risque de cancers en général. Nos conseils nutrition ici.
  • tabac, alcool: le tabac accroît le risque de développement de nombreux cancers. On ne peut qu’en recommander l’arrêt. Quant à l’alcool, la consommation à risque est de 2 verres par jour (ou 14 par semaine) pour une femme. Là encore, ce seuil n’est pas spécifique au cancer du sein.

Pour en savoir plus

Le site e-cancer.fr regroupe de nombreuses informations accessibles au grand public sur le cancer du sein. Vous pouvez les retrouver sur http://www.e-cancer.fr/Patients-et-proches/Les-cancers/Cancer-du-sein/Les-points-cles

L’association « Le cancer du sein, Parlons-en ! » est un des principaux acteurs français de la communication grand public sur cette pathologie. Sur leur site, des réponses aux questions fréquentes et des informations sur Octobre rose 2017 : http://www.cancerdusein.org/

1 : http://www.adeca75.org/%C2%AB-l%E2%80%99efficacit%C3%A9-du-d%C3%A9pistage-du-cancer-du-sein-remise-en-cause-%C2%BB

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