Par Martine Robert, Sage-Femme

C’est autour de la naissance d’un bébé, événement heureux pour une famille qui l’attend impatiemment depuis de longs mois, que se tissent de puissants liens. La naissance avant terme d’un bébé va venir bousculer ce projet apparaissant non abouti à différents niveaux. L’instauration du lien mère enfant et l’autonomie parentale seront alors souvent difficiles à trouver.
Dans cet événement les professionnels de santé mettront tout en œuvre pour permettre aux parents de retrouver des moments de complicité et d’intimité..tout simplement des instants de bonheur avec leur bébé.

Bébé est déjà là ? que faire ?

La prématurité en semaines et en chiffres

La prématurité est une naissance qui survient avant 37 semaines d’aménorrhée (SA) et pour celles qui comptent en mois de grossesse 😊 35 semaines de grossesse soit une semaine avant le début du 9ème mois. La grossesse arrive à son terme à 40 SA (9 mois terminé) et on peut aller jusqu’à la fin de la 41ème semaine, ensuite il s’agira d’un dépassement de terme.

Nous parlerons de très grande prématurité avant 28 SA, d’une grande prématurité entre 28 et 33 SA (10 % des naissances prématurées) et d’une prématurité moyenne de 33 à 37 SA (80 % des naissances prématurées)

Près de 65000 prématurés naissent en France chaque année et les chiffres ne cessent d’augmenter du fait de l’activité professionnelle des futures mamans, du recul de l’âge des grossesses et également du fait des progrès de la médecine en techniques de réanimations et de prise en charge de ces tout-petits, (bébés nés entre 22 et 24 SA).

Cette prématurité peut être induite ou décidée en raison des risques pour la maman et le bébé (hypertension, hémorragie) ou spontanée (rupture prématurée des membranes, travail prématuré spontané)

Bébé arrive vraiment trop tôt

La fragilité d’un bébé prématuré réside dans l’immaturité a beaucoup de niveaux : respiratoire, rythme cardio- vasculaire, système nerveux central mais aussi immaturité digestive, immunologique, hépatique et rénale. Plus la prématurité est grande, plus l’atteinte et les soins à apporter seront longs, et difficiles dans l’épreuve à vivre pour tous.

Dans la très grande prématurité une réanimation s’impose. Seule l’épreuve de survie ne sera retenue, le pronostic vital étant engagé.

Dans la grande prématurité la réanimation est souvent impliquée et une prise en charge en soins intensifs est nécessaire. Pour la prématurité moyenne, une prise en charge médicale adéquate permettra de maintenir l’intégrité neurologique et la vie de ce bébé, qui à ce stade n’est pas menacé.

S’agissant d’une très grande prématurité, le bébé devra être assisté pour respirer et se nourrir et une assistance où des équipes se relaient nuit et jour permettront à ces bébés nés trop tôt de continuer à grandir et à se développer.

Pour que sa croissance se poursuive dans des conditions optimales, le confort de ces bébés doit être considéré et il est primordial de s’adapter à son niveau sensoriel en limitant les bruits et en tamisant les lumières. Nourrit par des sondes, rien ne remplacera pour autant les bras de sa maman, de son papa, les caresses, le bercement, le massage pour rétablir le lien rompu trop tôt par la prématurité.

Du fait de l’immaturité de son système de transmission de la douleur, cette dernière est donc plus intense chez les bébés prématurés et il bénéficiera d’un traitement spécifique anti douleur.

Il semble si fragile…le fonctionnement de ses organes vitaux est déficient et pendant quelques semaines, l’assistance médicale, lui permettra de respirer, mais aussi de maintenir sa température et de s’alimenter

Il est si petit…son poids est généralement faible (1500 -2000 grammes) voire très faible (1000 – 1400gr) puisque la  prise de poids du fœtus maximale au 3ème trimestre est interrompue en cas de naissance prématurée.

Pas tout à fait un beau bébé…la coloration de sa peau est différente, elle est fine, laisse apparaître les vaisseaux sanguins et est recouverte d’un duvet fin. Ses paupières sont très fragiles et peuvent être collées à la naissance. Ses oreilles n’ont pas tout à fait leur forme définitive et ses cheveux sont fins et « laineux » (difficile à séparer) mais peu à peu, les paupières s’ouvriront, le cartilage se formera au niveau des oreilles et ses cheveux deviendront soyeux.

Qui dit enfant prématuré, dit parent prématuré : partagé entre joie et peur due au contexte d’urgence dans lequel ce bébé se présente, qui se bat en faveur de la vie, le deuil à faire d’une grossesse inachevée et le permettre sera primordial. La séparation imposée par la prise en charge néonatale peut retarder ce travail de deuil.

Incompétence, peur, impuissance, culpabilité font partie des sentiments éprouvés, pouvant perdurer de retour à la maison. Ils nécessitent le plus grand des soutiens avec une prise en charge psychologique adaptée.

Leur rôle se situe dans le rôle d’accompagnement du parent.

Respecter ce tout petit bébé, dès les premiers instants de sa vie, dans sa dignité et singularité est tout autant précieuse que sa prise en charge médicale. Son arrivée dans un service de néonatologie où les 1ers soins lui seront donnés, dans cette considération dès les premiers contacts est primordiale. S’adresser à lui pour lui parler et l’appeler par son prénom, permettant aux parents de se sentir les parents de ce bébé.

Les conseils de la sage-femme

Ces jolis mots qui nous viennent de Frédérik Leboyer suffisent à eux-mêmes pour illustrer le besoin primaire de tous les bébés, s’adaptant d’autant plus naturellement au bébé prématuré :

 nourrir l’enfant, oui mais pas seulement de lait. Il faut le prendre dans les bras. Ce petit il faut parler à sa peau, à son dos qui a soif et faim autant que son ventre

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