Par Léa Maggiore, Médecin Généraliste

1personne sur 4 souffre d’un trouble mental à un moment ou à un autre de sa vie, ce qui en fait la première cause d’invalidité dans le monde. Pourtant malgré le fait que la dépression soit commune et répandue, il reste extrêmement difficile d‘en parler et de trouver des vraies pistes pour s’en sortir.

dépression comment faire

Comprendre sa maladie, c’est refuser de continuer à la subir

Je pleure tout le temps”  “Je n’ai plus goût à rien” “ je ne ressens plus rien”  “C’est de ma faute”  “Je m’énerve pour rien”    “je me sens comme ralenti”   “je ne sais plus ce que je veux” “je dors tout le temps”  “J’ai beaucoup grossi ces derniers temps”  “j’ai beaucoup maigri”  “mon inspiration s’est envolé”  “Moi qui adorait mon job je me surprends à le détester”  “je n’ai plus d’avenir”  “je n’ai plus envie de voir personne” “je ne vais jamais m’en sortir”

La dépression est une maladie psychique fréquente qui affecte 11 % des hommes et 22 % des femmes. Ce sex ratio de ½ est probablement faussé par le fait que les hommes consultent moins que le femmes et sont donc sous-diagnostiqués. Il est associé à un risque suicidaire important puisque 30 à 50 % des tentatives de suicide en France sont secondaires à un épisode dépressif caractérisé.

La dépression est une maladie qui touche tous les âges, depuis l’enfance en passant par la femme enceinte jusqu’à très tard dans la vie.

Des origines multiples

Certaines personnes sont plus à risque de dépression en raison de :

  • facteurs génétiques : un individu dont l’un des parents fait une dépression a deux à quatre fois plus de risque d’être lui-même dépressif au cours de sa vie. Certaines variations génétiques associées à cette vulnérabilité ont été identifiées, par exemple au niveau des gènes codant pour le transporteur de la sérotonine ou pour un autre facteur ( le BNDF) essentiel à la prolifération et la survie des neurones.
  • facteurs environnementaux : l’impact de ces variations génétiques dépend de l’environnement dans lequel ils vont s’exprimer. Il y a des environnements plus à risque de conduire à une dépression, c’est le cas de traumatismes précoces survenus au cours l’enfance d’ordre affectifs, psychologiques ou sexuels. Des situations et des événements de vie (un décès, une perte d’emploi, une séparation…).
  • facteurs physiologiques propres :  une maladie physique (certaines anémies, troubles thyroïdiens, tumeurs, maladie de Parkinson), des changements métaboliques (ménopause, andropause, grossesse, etc…).
  • facteurs sociaux : on sous-estime les difficultés à vivre dans une société qui pousse l’individu à se surpasser dans tous les domaines (travail, loisirs et vie personnelle) et engendre le sentiment de ne pas être assez performant ou à la hauteur.

Néanmoins, toutes les personnes exposées à ce type d’événements ne développent pas la maladie. De plus, certaines personnes font une dépression sans motif apparent. Il existe donc une susceptibilité individuelle à la dépression.

Une sensation d’épuisement général

Pour les personnes qui sont plus à risques de dépression, la perte est susceptible d’être considérée comme dévastatrice et insurmontable.

Ces personnes, plus réactives au stress subi, ont parfois une façon de voir le monde qui les rend plus vulnérables (pessimistes, anxieux, introvertis…). Cette combinaison de facteurs amènent ces personnes à des croyances négatives sur soi, les autres, le monde et l’avenir. * Ces personnes peuvent ressentir “ je suis inutile”, “je n’ai envie de voir personne”, ”le monde n’a pas d’avenir”.

L’expérience commune de l’état déprimé pourrait tenir en une seule sensation, celle quasi physique d’anéantissement. Ce n’est pas quelque chose que l’on éprouve, c’est plus comme une immobilisation, un empêchement de ressentir les mouvements de la vie interne et extérieure, l’abolition de toute rêverie, de tout désir. La pensée, l’action et le langage semblent être pris en masse par une violence du vide. La plainte du déprimé, quand elle s’exprime, est pauvre et répétitive avec une incapacité à faire quoique ce soit. Le fonctionnement au quotidien à longtemps supporté ce ralentissement, avec un certain équilibre trouvé dans cette existence devenue restreinte. La personne est tellement anesthésiée que la douleur est devenue automatique, habituelle.**

Si c’est ce que vous ressentez ou ce que vous constatez pour un proche, ne restez pas immobile, des solutions existent !

Mais comment le « programme dépression » est-il mis en route ?

Entre les neurones de notre cerveau naissent l’amour, la joie, mais aussi la peur ou la tristesse, le royaume des émotions et de l’inconscient.

Le stress, c’est le talon d’Achille des personnes dépressives. La porte d’entrée où s’engouffre la dépression. Le stress est géré dans le cerveau émotionnel par l’amygdale qui est le centre de la peur.

L’amygdale interprète le signe qu’un danger extérieur nous menace. Elle réagit immédiatement en sécrétant des hormones du stress : cortisol et noradrénaline qui vont accélérer le rythme cardiaque. L’objectif est de préparer le corps au combat ou à la fuite.

Pendant ce temps il se passe quelque chose dans la zone du cerveau derrière le front (le néocortex frontal). C’est dans cette région que s’élabore la pensée, l’abstraction, le langage, bref le royaume de la raison et du conscient. Mais réfléchir retarderait nos chances de survie, donc l’amygdale débranche le cortex préfrontal.

En théorie, le cortex préfrontal se rallume après l’intervention de l’hippocampe. Mais pendant la dépression, les hormones du stress augmentent tellement qu’elles finissent par détruire les neurones de l’hippocampe. Affaibli, il ne peut plus remplir sa mission et  rallumer la bougie de notre petit cortex préfrontal. Il reste donc éteint, ainsi que le raisonnement, laissant les personnes coupées d’une partie d’elle même.

Vers qui se tourner ?

Il n’y a pas de parcours type

1ère étape : consulter un médecin généraliste

La première personne vers laquelle on se tourne est généralement son médecin généraliste. Il pourra vous réorienter si vous nécessitez une aide spécifique :  vers un pédopsychiatre si c’est un adolescent, vers des unités parents-enfants si vous êtes en post-partum, etc… Il pourra évaluer la situation, voir si vous nécessitez la prise de traitement et auquel cas vous le prescrire. S’il a fait une formation en psychothérapie, il pourra aussi vous soutenir le temps dont vous avez besoin. Mais beaucoup ne sont pas formés en psychothérapie, l’idéal dans ce cas est qu’il vous oriente vers un psychiatre qui est plus formé à la relation d’aide que lui et peut proposer plus facilement une psychothérapie. Ce seront les 2 personnes que vous pourrez consulter pour avoir un diagnostic et un traitement. Votre médecin peut également vous orienter vers un psychologue qui peut vous accompagner dans une démarche de rétablissement. Cependant il n’est pas habilité à faire un diagnostic et est non remboursé. Pour faire la différence entre psychologue, psychiatre, psychothérapeute, voir la fiche métier ici.

La psychothérapie : un traitement à part entière

Renseignez-vous avant et regarder quelle méthode vous convient le mieux avant de contacter un thérapeute. Le thérapeute doit avoir reçu une formation spécifique, aidez l’autre nécessite des outils et une éthique. Après Il n’y a pas de méthode plus efficace qu’une autre, chaque personne doit trouver ce dont elle a besoin et il y a autant de parcours que de personnes. Le but est qu’il puisse vous accompagner sur la voie de la sérénité intérieure. Détricoter avec vous votre histoire, tirer les fils rouges qui sont importants à vos yeux pour vous aider à retisser quelque chose qui vous corresponde. Accepter et être au clair avec son histoire, s’accepter soi avec ses forces et ses faiblesses pour mieux vivre avec les autres et dans le monde.

Il n’est pas simple de trouver soi-même un spécialiste alors le CMP (centre médico psychologique) peut dans un premier temps répondre à vos attentes. Ces sont des centres publics pluridisciplinaires (psychiatres, psychologues, infirmière, assistante sociale) qui offrent une prise en charge psychologique sans frais pour les patients et qui pourront vous orienter plus spécifiquement en fonction de vos besoins. Les adresses des Centres Médico-Psychologiques se trouvent dans les pages jaunes ou sur le site de la caisse d’assurance maladie annuairesante.ameli.fr. Ce site donne toutes les adresses et coordonnées des professionnels de santé et établissements de soins de toutes les régions de France, ainsi que leurs tarifs et mode de conventionnement et bases de remboursement et actes pratiqués

Les associations, pour demander avis ou des conseils à des personnes qui ont vécu la même chose que vous. En privilégiant la parole ou la communication, les associations aident à rompre la solitude. Les personnes y trouvent une chaleur humaine qui complète utilement les autres actions mise en oeuvre. Beaucoup d’informations et de liens utiles sur ce lien http://www.info-depression.fr.

Les CAC permettent d’accueillir sans rendez-vous, de soigner et d’orienter des personnes en état de crise. Ils peuvent éventuellement proposer une hospitalisation de courte durée. Ils assurent une permanence téléphonique et des consultations gratuites, le plus souvent 24h/24 et 7j/7. On les trouve principalement dans les grandes villes.

Retrouvez la suite de cet article avec Les solutions pour guérir la dépression
** A Unified Model of Depression, Integrating Clinical, Cognitive, Biological, and Evolutionary Perspectives, A.T. Beck, K. Bredemeier, March 29, 2016

** Des bienfaits de la dépression : éloge de la psychothérapie, P Fedida, Paris : Odile jacob, 2001

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