Par le Léa Magiore, Médecin Généraliste

Mais qu’est-ce que je ressens ? Un sentiment, une préférence ? Une humeur ? La passion, le désir, une pulsion ? Il est difficile d’en isoler un ou une, ici en particulier l’émotion.
Entre mécanisme physiologique, stimulus déclencheur et dimension subjective, bienvenue dans le domaine (complexe) de l’émotion 😉

Ce n’est jamais pile ou face

Qu’est ce que l’émotion ?

L’émotion est une réaction affective transitoire et dynamique d’assez grande intensité, habituellement provoquée par une stimulation venue de l’environnement. Nous avons 4 émotions de base : la joie, la peur, la colère, la tristesse, que certaines théories élargissent à 6 en y ajoutant le dégoût et la surprise.

Si nous nous intéressons à la joie,voyons ce qu’il arrive (vous pouvez essayer de faire vous-même cette expérience).

Une personne va être face à quelque chose qu’elle aime ou adore : une personne, un beau paysage, un superbe plat, une discipline sportive …. Mettez-y ce que vous aimez.

Tout d’abord il se passe une première étape extrêmement rapide qui détermine si l’événement est important pour vous ou pas. Si dans cet évènement connu ou inconnu quelque chose peut vous toucher, que cela vous attire ou vous répulse ou toutes les nuances entre ces deux pôles, alors vous ressentirez une émotion. Vous allez être bouche bée et en joie devant une vue magnifique ( vous allez donc être attiré), vous allez avoir peur si vous voyez certaines tribus boire du sang humain au cours de certains rituels. L’émotion peut donc naître du connu et de l’inconnu.

Ensuite vous allez ressentir et manifester l’émotion qui peut se décomposer en 5 composantes :

  • d’abord vous allez la ressentir dans votre corps qui modifie l’activité du système nerveux autonome (celui qu’on ne contrôle pas) : quand vous êtes heureux, si vous observez ce qu’il se passe, votre fréquence respiratoire et votre fréquence cardiaque vont diminuer, les muscles de tout le corps vont se détendre. (L’inverse pour la colère)
  • vous allez avoir une expression facialecorporelle et posturale propre à l’émotion de la joie qui permet d’interagir avec l’environnement et de communiquer votre émotion aux autres. Est-ce le sourire, la détente des muscles du front, l’assise confortable qui vont marquer chez vous cette émotion ? Observez ce qui vous est personnel. On sait tout de suite quand quelqu’un d’autre est bien (sentiment de joie) ou mal (peur, tristesse…) en observant ses expressions. Alors tentons de le faire pour nous, de l’intérieur.
  • vous allez avoir ensuite un sentiment, c’est l’expérience émotionnelle, qui permet notamment de la verbaliser et de la réguler.
  • votre partie réflexive, la cognition, va vous permettre de déterminer la nature et l’intensité émotionnelle. C’est cela qui vous engage à rester voir un beau paysage plus longtemps (ou fuir quand vous voyez un ours à proximité !)
  • Et enfin l’émotion va vous motiver à agir. Soit à rester là à regarder ou vivre ce qui vous met en joie soit à fuir ce qui vous fait peur. Elle est le moteur de nos vies, alors il vaut mieux écouter ses signaux et s’en servir plutôt que de les mettre à couvert ou de s’en protéger.

Vouloir se débarrasser d’une émotion est sans conteste très humain : “même pas peur”, “même pas mal”,  “ je m’en fous” alors que la peur, la douleur ou la tristesse sont bien présents mais malmenés…..

C’est dommage !! Car nos émotions sont un signal intérieur qui nous permet de réagir. Contre toute attente, elles se veulent donc bienveillantes à notre égard !

Souvent si nous ne voulons pas ressentir une émotion négative, c’est certes parce qu’elle est désagréable mais c’est surtout parce nous nous en sentons l’otage. Essayons donc de comprendre ce qui les a provoquer pour mieux les appréhender :

  • la peur est la perception qu’une menace va bientôt arriver
  • la colère représente le franchissement par une personne ou par soi-même d’une limite (valeur, règle…)
  • la tristesse est le sentiment de perdre ou d’avoir perdu quelque chose ou quelqu’un d’important pour soi

Ce qui n’est pas évident de comprendre à première vue, c’est qu’elles portent en elles un message positif visant à nous protéger et évoluer :

  • La colère a pour but d’obtenir une réparation (excuse, rectification…) mais également de revisiter le principe qui a été malmené (Si tout le monde était honnête tout le temps avec tout le monde, qu’est-ce que cela donnerai ?)
  • La peur a pour objectif de se rassurer (obtenir des informations, passer à l’action…)
  • La tristesse à pour finalité de rebondir (passer à autre chose, relativiser…)

Accepter une émotion va permettre dans un premier temps de diminuer son impact pour ensuite pouvoir la comprendre et  l’utiliser.

La colère permet d’identifier le fait que quelqu’un a franchi une de nos limites internes (ou un de nos principes), d’éventuellement revoir avec nous-même ce principe, puis quand la colère est passée de se tourner vers l’autre pour négocier.

La peur nous permet d’éprouver le bien-fondé de ce qui nous a donné peur, d’aller chercher des informations pour vérifier si cette peur est fondée ou non, d’éventuellement modifier sa perception de la situation et de poser une action en conséquence.

La tristesse va nous permettre d’identifier la perte d’une chose importante pour nous, de recevoir du réconfort, d’accepter la situation, puis de se retourner vers d’autres projets.

La joie a pour objectif de faire durer ce ressenti le plus longtemps possible et de le partager avec les autres.

Si on bloque ses émotions, on bloque aussi la joie, et il serait vraiment dommage de se couper de ce puissant moteur naturel et positif.

Et la première condition à remplir pour accueillir ses émotions, c’est de ne pas se juger et de ne rien bloquer en nous pour les laisser nous traverser, émotions agréables comme désagréables. Ensuite intervient l’intellect (ou la cognition) qui permet d’en faire quelque chose.

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