Par Martine Robert, Sage-Femme

L’arrivée d’un bébé au sein d’une famille bouleverse notre vie dans son quotidien. Nous nous préparons à la naissance, à l’accouchement, nous réorganisons matériellement notre maison, notre voiture, mais rarement nous nous intéressons aux changements émotionnels qui accompagnent la grossesse ou qui apparaissent après la naissance.

Le mal-être de la nouvelle maman

Maman pour la 1ère fois,  pour la 2ème ou 3ème fois, le choc d’une naissance sur son plan psychique peut être plus fort qu’il n’y paraît. Du fait d’un manque de considération des états d’anxiété pendant la grossesse, et de fatigue extrême l’accompagnant, d’un manque d’information et de préparation à ce bouleversement psychologique, la période post-natale peut s’avérer être compliquée.

Du baby blues à la dépression

Il convient de distinguer les troubles normaux ou anormaux de cette période post natale, car de la fatigue à la psychose puerpérale en passant par le baby blues, la difficulté maternelle ou la dépression, l’épuisement ou le burn out maternel, nous sommes bel et bien sujettes à différents troubles.

Le baby blues…les perturbations hormonales et leur déséquilibre en sont la cause. Apparaissant entre le 1er et le 5ème jour, il disparaît généralement aux alentours du 10ème jour, et s’accompagne de larmes qui coulent incontrôlables, d’une tristesse ou d’une mélancolie inexplicable, parfois même d’une culpabilité et frustration inavouées en lien avec la réalisation de notre passage de femme à mère.

La difficulté maternelle…un baby blues qui dure entendrons nous dire..sauf que toute difficulté si minime éprouvée doit être considérée, entendue et soutenue..un déséquilibre qui perdure avec de l’anxiété sur la capacité à s’occuper de son bébé, des crises de larmes, une sensibilité à fleur de peau sont les signes avant-coureurs d’une dépression annoncée.

L’épuisement maternel…il conduit peu à peu à un état dépressif et est lié à la fatigue extrême accompagnant  les suites d’une naissance lorsque l’on se retrouve face à un bébé qui pleure beaucoup, qui nous épuise et nous fatigue. Une course effrénée à la réussite (parentalité positive, éducation bienveillante) induisant fortement cet état. Il apparaît à distance de la naissance, dans la 1ère année et bien au-delà (18 mois, 2 ans après)

La psychose puerpérale..pour la citer, elle touche 1 à 2 femmes sur 1000, altérant notre perception de la réalité donnant lieu à des hallucinations. C’est un trouble psychique sévère nécessitant une hospitalisation

Les taux d’hormones et leurs niveaux peuvent baisser d’une manière plus ou moins drastique après la naissance, se rendant alors responsables d’une forme de baby blues plus ou moins sévère qui pourrait durer.

Le bouleversement émotionnel qui accompagne la naissance : trop plein d’amour, nouveaux sentiments, «je suis maman », « mon fils », ma fille », des mots parfois difficiles à prononcer, ce petit être à qui l’on tient par-dessus-tout, peur de le perdre, peur de se perdre soi-même, tout compte fait pas si heureuse que ça, des responsabilités et des doutes…de la difficulté à soutenir, nécessitant écoute, empathie et bienveillance au risque de conduire à une grande difficulté.

La fatigue accumulée parfois pendant la grossesse, associée à celle de l’accouchement et celle qui s’accumule dans le temps nécessite une prise de conscience à avoir sur le « prendre soin de soi ».

Et ou comment « réussir son bébé à n’importe quel prix » glané par grand nombre de « coachs parentaux » en tout genre et entretenu par les réseaux sociaux, peut conduire à l’épuisement. Reconnaître que l’on est victime de cette pression fera partie d’un des réflexes à avoir pour s’en sortir.

Les évènements et les contextes familiaux, un manque d’aide peut entraîner et concourir à une déstabilisation psychologique.

Sans oublier que toute naissance en lien avec notre propre histoire conduit à des attitudes parfois incompréhensibles pour soi et son propre entourage. Un remaniement psychique incontournable autant pour les mamans que pour les papas, tendant à un retour sur soi inconscient pouvant expliquer grand nombre de difficultés

Une (1) femme sur 10 souffrira de dépression durant sa grossesse, 1 sur 8 en post-partum.

Le taux de suicide est 70 fois plus élevé dans l’année qui suit l’accouchement que dans tout autre période de la vie des femmes (Appleby L. et al. 1998).

La première cause de mortalité maternelle est le suicide.

Les conseils de la sage-femme

Des solutions existent pour contrer ce mal-être

Un changement émotionnel qui dure et perdure doit conduire à consulter. N’hésitez pas à en parler avec l’un de nos médecins. Le traitement médicamenteux n’est pas toujours obligatoire. Passer par une étape d’écoute face à des professionnels formés et sensibilisés à ce problème suffira à retrouver confiance, assurance et sécurité.

Pour ne plus se sentir isolé avec ses doutes, des associations comme Maman Blues, des services d’aide à la parentalité spécialisés dans le soutien à la parentalité, vous proposant pour l’un, un vrai service d’écoute et l’autre une aide efficace en terme d’aide et de relève à domicile, peuvent vous permettre de faire face à « la tourmente » et vous orienter si besoin et nécessaire.

Un outil simple et fiable comme « The Edinburgh Postnatal Depression Scale » vous permettra d’objectiver votre état et si besoin consulter.

Enfin, ne négligez pas la prise en compte dans le cadre de votre préparation à la naissance et donc pendant la grossesse, d’aborder le versant psychique de votre maternité. « Comment vous sentez vous ? » avant mais aussi après ? laissez de côté vos idéaux de performance (meilleure grossesse, meilleur bébé, le meilleur des allaitements, tout est bien)

Enfin, n’oubliez jamais que le prendre soin des autres, de votre bébé, de votre petite famille, passe avant tout par le “prendre soin de soi” !

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