Par Cécilia Renou

Difficile à définir, il est consensuel de le reconnaître comme un état d’épuisement à la fois physique, psychique et émotionnel résultant d’un investissement prolongé dans des situations de travail émotionnellement exigeantes. Comment le décrire plus précisément et surtout comment l’éviter ?

Qu’est ce que c’est au juste ?

Contexte actuel

Une étude s’étalant de 2007 à 2012 a estimé que la souffrance psychique au travail touchait 480 000 individus avec près de 7% de français concernés par le burn-out. Malgré cela, celui-ci n’est pas reconnu comme une maladie parmi les classifications internationales, qu’il s’agisse de la CIM-10 classant l’ensemble des maladies, ou du DSM-V classant spécifiquement les troubles psychiatriques. En effet, une maladie est caractérisée par une ou des causes, certains symptômes et des traitements qui lui sont propres tandis que les causes du burn-out sont nombreuses et intriquées, ses symptômes variables et non caractéristiques, ses traitements multiples. C’est pourquoi le terme utilisé en France est celui de Syndrome d’épuisement professionnel.

Comment s’exprime t-il ?

Ce syndrome évolue au travers de 3 dimensions :

  1. L’épuisement émotionnel : présent au premier plan, il s’agit d’une fatigue intense qui ne s’améliore pas malgré le sommeil ou le repos. L’individu se sent vidé de toute énergie. Les tâches habituelles semblent difficiles et souvent réalisées avec lenteur.
  2. Le cynisme vis à vis du travail : cette deuxième dimension est corrélée à une déshumanisation de l’individu lui-même et vis-à-vis des autres. Cela se caractérise par un détachement, une indifférence, parfois une irritabilité. Les patients/clients/collègues semblent lointains, les relations anesthésiées. Certains auteurs en voient une stratégie d’adaptation pour lutter contre la sur-sollicitation auquel l’individu fait face.
  3. La diminution de l’accomplissement personnel au travail : les efforts jusque-là réalisés semblent avoir perdu leur sens. L’individu met en doute ses propres capacités au travail et se dévalorise, ne se sentant pas à la hauteur de ce qu’il lui est demandé.

Les manifestations sont nombreuses :

  • Physiques : très variées, il peut s’agir de maux de tête, troubles digestifs (nausées, constipation, diarrhée), trouble du sommeil, fatigue chronique, douleurs musculaires et articulaires (dos, cou, épaules), voire même une fibromyalgie.
  • Psychiques et comportementales : l’anxiété et l’irritabilité sont fréquentes avec des crises de colère disproportionnées ou déclenchées sur un événement de faible importance. Une tristesse avec des crises de larmes peut être présente, ou au contraire l’absence d’émotions et le manque d’empathie, souvent associés à un humour noir. Des addictions peuvent également se mettre en place (alcool, cannabis, anxiolytiques, stimulants)
  • Cognitives : difficultés de concentration et à la prise de décision, trouble de la mémoire, lenteur à la réalisation des tâches, erreurs. L’ensemble de ces manifestations vont favoriser le sentiment d’être incapable de remplir ses obligations professionnelles.

Le burn-out doit être distingué de la dépression. En effet, il semble facile de le considérer comme en étant une simple manifestation. Bien que la fatigue et la baisse de l’estime de soi soient partagées, le burn-out s’exprime uniquement dans la sphère professionnelle. L’individu conserve la sensation de plaisir en dehors du travail. Cependant, un burn-out non pris en charge peut évoluer vers une dépression.

Il peut également être confondu avec le Syndrome de Fatigue Chronique. Les individus atteints se sentent vidés de toute énergie sans qu’aucune cause ne soit identifiée mais on n’y retrouve ni la déshumanisation ni le sentiment d’échec professionnel.

Pour le travailleur, quand :

  • Se lever le matin est une torture.
  • Vous rentrez de vacances et que vous pleurez ou angoissez à l’idée de reprendre le travail.
  • Une crise de larmes survient sur votre lieu du travail.
  • Vous êtes facilement irritable et que vous vous énervez pour des broutilles.
  • Vos collègues ou les membres de votre famille vous disent que vous avez changé et vous trouvent négatif.
  • Vous sentez la nécessité de boire un verre ou de prendre des médicaments en rentrant chez vous après le travail.
  • Votre travail vous semble trop difficile et vos tâches habituelles irréalisables.

Pour l’employeur (ne pas oublier que l’employeur est également travailleur!), quand :

  • L’employé finit tard et emporte même du travail à son domicile.
  • Il se montre irritable vis à vis de ses collègues ou s’isole.
  • Il pleure subitement sur le lieu de travail.
  • Il fait des erreurs inhabituelles dans son travail.
  • Il arrive plus fréquemment en retard ou présente plus d’absence que d’habitude.
  • Il se plaint d’être fatigué ou d’avoir du mal à se concentrer.

L’institut National de Recherche et de Sécurité (INRS) a établi en partenariat avec l’Agence nationale pour l’amélioration des conditions de travail (Anact) un guide pour aider les différents employeurs et entreprises à dépister et à prévenir le burn-out, téléchargeable sur la page suivante : http://www.inrs.fr/risques/epuisement-burnout/ce-qu-il-faut-retenir.html

Il est important de comprendre que tous les domaines professionnelles peuvent être touchés. Les facteurs en cause sont essentiellement liés au travail lui-même. Ont été notamment reconnu :

  • des délais ou objectifs irréalistes ou mal définis
  • un faible contrôle sur son travail
  • le manque de reconnaissance
  • la surcharge de travail
  • des horaires excessifs
  • un contact difficile avec le public et notamment la nécessité d’afficher des émotions contraires à son ressenti (rester souriant malgré l’énervement de la personne devant soi par exemple)
  • la violence verbale ou physique
  • un mauvais rapport avec ses collègues de travail

Même si certains traits de personnalité semblent classer des individus comme étant plus à risque, tels que le névrosisme et le caractère consciencieux, ils ne sont ni suffisants ni nécessaires.

Du côté de l’employeur, il est indispensable de réévaluer la charge de travail dans un lieu calme et isolé du reste de l’équipe, en mettant en avant une posture d’écoute et de confiance. Proposer au travailleur de prendre des congés est une attitude minimale, sans jamais le lui imposer. En cas de grande inquiétude sur sa santé, il pourra contacter la médecine du travail pour demander une consultation.

Du côté du travailleur, s’éloigner de l’environnement professionnel est indispensable et il ne faut pas hésiter à consulter son médecin traitant. La récupération peut être longue et demander des mois d’arrêt de travail. Cependant, elle nécessite un accompagnement soit par une thérapie formelle par un psychiatre ou un psychologue, soit par un coach. Parmi les thérapies conseillées, on peut citer les Thérapies d’Acceptation et d’Engagement qui se focalisent sur la question du sens, des valeurs et de l’engagement. Les Thérapies Cognitives et Comportementales qui ont pour but de modifier des idées qui ne sont pas le véritable reflet de la réalité sont également adaptées. Des médicaments, comme les antidépresseurs, ne sont pas forcément nécessaires si la prise en charge est assez précoce, la rupture avec le travail apportant fréquemment un apaisement. La reprise d’une activité physique, souvent oubliée par l’individu souffrant de burn-out, est conseillée, l’esprit ayant trop longtemps pris le devant de la scène, il s’agit de réveiller le corps et d’en reprendre possession. Il existe beaucoup d’autres possibilités pour apaiser les tensions  : la sophrologie, la thalassothérapie, les massages, la relaxation.

Le retour au travail ne doit pas être précipité et il est licite de demander une reprise du travail en mi-temps thérapeutique et de rester vigilant.

Le burn-out est un risque professionnel au centre des préoccupations au cours des dernières années. Les conséquences sont évidemment psychiques, source de souffrance, physiques, source de tentatives de suicides, et économiques, source d’arrêts maladie. Certaines études l’associent également à un risque cardio-vasculaire élevé, source d’infarctus du myocarde et d’AVC. Contrairement aux idées reçues, il peut toucher tous les individus, quelque soit l’âge, le sexe, la profession, la personnalité. La meilleure façon de lutter reste la prévention en agissant sur l’environnement professionnel : savoir assurer un équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle, travailler sur des critères de qualité de travail, mettre en avant la reconnaissance. C’est un nouveau champ d’action en plein essor.

SOURCES :
  • Guide d’aide à la prévention . Le syndrome d’épuisement professionnel ou burn-out : mieux comprendre pour mieux agir. Téléchargeable sur ce lien : http://www.inrs.fr/risques/epuisement-burnout/ce-qu-il-faut-retenir.html
  • Le burn-out : 100 questions réponses pour comprendre et prévenir le burn-out. Elise Lecornet
  • Idées reçues sur le burn-out. Jean-Claude Delgènes
  • Article : Khireddine I, Lemaître A, Homère J, Plaine J, Garras L, Riol MC, et al ; Groupe MCP 2012. La souffrance psychique en lien avec le travail chez les salariés actifs en France entre 2007 et 2012, à partir du programme MCP. Bull Epidémiol Hebd. 2015;(23):431-8.
consultation-medecin-en-ligne-hellocare